Histoire originale, piano & mur d’escalade
La rencontre
Elle est dingue de piano.
Lui est dingue d’escalade.
Etaient-ils faits pour se rencontrer ?
C’est ce que nous allons voir.
Les points communs qu’ils se sont découverts pourraient bien vous surprendre.
Et vous aider au piano !
Ils se sont connus chez des amis. Tout simplement.
Elle a remarqué ses mains musclées.
« Tu fais quelle activité physique pour avoir des mains et des avant-bras si puissants ? »
Il a répondu : « Je me suis pris de passion pour l’escalade il y a quelques années : alors je travaille beaucoup de muscles, avec un focus sur les doigts et les avant-bras »
Elle lui a parlé de sa passion à elle : « Moi je joue du piano, en amatrice. J’aime apprendre de nouveaux morceaux, les travailler pour progresser »
Le premier rendez-vous
Le samedi après-midi suivant, ils se retrouvaient pour un premier rendez-vous : une balade au parc.
Ils s’étonnèrent de trouver autant de similitudes à leurs passions respectives.
Elle : « Finalement, j’enchaine les notes de ma partition, comme tu enchaines les prises sur ta voie d’escalade.
Avant de me lancer dans un morceau, je le parcours attentivement des yeux. Puis je me visualise en action, j’imagine mes mains sur le piano pour trouver les meilleures positions de doigts pour les enchainements »
Lui : « Idem pour moi, avant de me lancer dans une voie d’escalade, je la regarde, j’imagine l’enchainement de mes mains sur les prises, je visualise les meilleures positions mains-pieds pour les passages difficiles »
Elle : « Ha ! Moi aussi, il faut parfois que je coordonne mains et pied quand j’utilise la pédale de mon piano pour tenir plusieurs notes ! »
Lui : « Fort ! Et je fais des exercices pour muscler mes doigts afin de tenir sur les petites prises difficiles, tout comme toi tu fais tes gammes et exercices pour muscler tes doigts afin d’enchainer les notes et de tenir la cadence dans la durée »
Elle : « En avançant dans la partition, j’observe les touches, comme toi sur ta voie tu observe les prises à venir, avant de poser les doigts dessus »
Lui : « Oui effectivement : si j’attaque mal une voie, je peux me retrouver bloqué sans possibilité d’aller plus loin car je n’ai pas fait les bons enchainements mains-pieds sur les prises. Tout comme toi, tu peux être bloquée dans un enchainement de notes sur les touches de ton clavier si tu ne commences pas par les bons doigts sur les bonnes touches »
Elle : « Tout à fait d’accord, et après la visualisation pour s’imaginer les meilleurs gestes, il faut se lancer pour se confronter à la réalité du terrain si on veut avancer et progresser »
Elle : « Mais dis-moi, comme tu grimpes en salle : c’est facile pour toi… les voies sur ton mur d’escalade ne changent jamais ? »
Lui : « Si en fait elles changent tous les 6 mois, car les prises sont démontables. Donc une fois démontées, chaque nouvelle voie est créée par un ouvreur ou une ouvreuse qui impulse son style et sa difficulté »
Elle : « C’est marrant, vos ouvreurs de voies, c’est un peu nos compositeurs à nous les pianistes. »
Avec un air amusé elle ajouta : « J’en ai une dernière : sans corde pas possible de faire nos activités respectives. Toi, tu as besoin de cordes pour grimper assuré. Moi pour que les marteaux du piano produisent des sons par vibration ! »
Ils se regardèrent un long moment sourire aux lèvres.
Elle : « Comme nous avons rapproché nos passions, j’aimerais qu’on se rapproche un peu plus nous aussi. »
Lui : « J’allais te le proposer » lui dit-il en s’approchant de ses lèvres. Elle s’approcha de lui et ils s’embrassèrent avec passion.
Elle : avec un sourire ravi « Mais je ne veux pas te couper de ton séjour entre potes. Va prendre ton train comme convenu, et prenons le temps de visualiser l’un et l’autre notre future relation. Tu sais, je suis une romantique. »
Elle : « On est en bas de chez moi, merci de m’avoir raccompagnée, j’habite au 3ème étage juste là, le balcon aux fleurs rouges » lui dit-elle en désignant sa porte-fenêtre du doigt « passe me voir dès ton retour, je te présenterai mon piano. »
Comment bien visualiser
Le dimanche soir : il était au pied de l’immeuble de sa belle pianiste.
Il avait écourté son week-end entre potes.
Depuis le trottoir d’en face, il fixait la porte-fenêtre ouverte au balcon fleuri.
Une belle mélopée de piano s’en échappait. Quelque fois avec des fausses notes. Quelque fois avec des hésitations.
Il venait de passer 10 minutes au pied de l’immeuble à visualiser la façade.
Imaginer comment il allait enchainer ses gestes pour grimper jusqu’au balcon du 3ème étage sans risquer l’impasse ou la chute.
Il mit la rose rouge entre ses dents et commença à grimper.
Quelques étages plus haut, après de longues minutes de silence, la mélopée repris sur le piano.
La pianiste avait du bien visualiser sa partition avant de rejouer, car les notes qui s’échappaient maintenant de son piano étaient hyper fluides et chargées d’émotion.
Alors qu’il continuait son ascension vers le balcon, la mélodie devenait épique.
Il sauta à pieds joints sur le balcon au moment où elle mettait un point d’orgue à son morceau.
Timing parfait.
Silence. Il la voyait de dos, assise à son piano au fond du salon.
Il frappa trois coups sur la vitre de la porte-fenêtre.
Elle se retourna. D’abord surprise et sur ses gardes…
Puis un sourire radieux l’illumina lorsqu’elle le reconnu, une rose rouge lui barrant la bouche.
Telle une Juliette, elle s’élança pour rejoindre son Roméo sur le balcon.
Elle l’entraina dans l’appartement, et ferma les rideaux.
La morale de cette histoire pour nous les pianistes :
On le sait tous mais on prend rarement le temps de le faire.
Car quand on est devant le piano (ou au pied du mur d’escalade), on trépigne d’impatience d’y aller tout de suite.
Il faut visualiser avant de jouer
Visualiser avant de commencer à jouer un morceau, c’est un truc à ajouter systématiquement, pour progresser au piano.
Une fin alternative caustique et rock’n’roll
Un nouveau dénouement à cette histoire : il m’a été envoyé par un lecteur PianoSimple après qu’il a lu l’histoire originale « La pianiste et l’escaladeur » dans le mail hebdomadaire aux membres de La Première Loge.
[Si vous n’avez pas encore lu le début de l’histoire, il commence tout en haut de la page]
Si vous n’aimez pas les histoires à l’eau de rose, celle-ci va vous ravir. Encore que …
Laissez moi vous raconter comment l’histoire se dénoua réellement.
Elle jouait un morceau qu’elle connaissait très bien, elle se sentait libre, heureuse, le piano faisait rarement ce qu’elle voulait mais a cet instant il était compréhensif, presque partenaire, alors que maintes fois ennemi si récalcitrant.
La fenêtre de son balcon était entrouverte, une bise légère annonçait le printemps retrouvé.
Mais d’un coup un bruit suspect la pétrifia, on escaladait la barrière de son balcon.
Elle se leva sans réfléchir attrapa son lourd métronome et martela avec vigueur deux mains solides qui s’agrippaient. Elle entendit un lourd impact. Son ami récemment rencontré gisait au sol 6 mètres plus bas.
Elle appela les secours, une ambulance arriva, deux jeunes fort bien bâtis emportèrent le grimpeur tout râlant et à demi inconscient. Elle pris place a côté du plus jeune ambulancier, qui en tee shirt montrait des biceps très généreux arborant chacun un tatouage, l’un une clé de sol et l’autre le visage de Mozart.
Une semaine plus tard notre grimpeur malheureux sorti de l’hôpital raccompagné par les mêmes ambulanciers. Le plus jeune le remercia car grâce à lui il avait trouvé l’amour et il montra la photo de son téléphone. Le convalescent grimaçant reconnu sa jeune pianiste.
Il se fit raccompagner à la gare, pour filer loin, retrouver la santé chez ses parents. Dans le hall une jeune femme jouait du piano. Nostalgique il s’accouda sur le haut du piano. Elle le regarda et le complimenta sur ses avants bras musclés. Il referma alors vigoureusement le piano sur les mains coincées de la belle inconnue.
Regagnant son train, il était apaisé, n’étant même pas dérangé par les cris de douleurs qui s’éloignaient doucement.
Moralité : les histoires d’amour finissent mal en général… Et font d’excellentes chansons… Mais au moins pour cette pianiste et cet infirmier, ça s’est bien terminé !
